Un peu d’histoire  pour mieux comprendre : quelques éléments sur la Maîtrise des Hauts-de-Seine et ce qui a amené à la fermeture de l’association

© Département des Hauts-de-Seine (photo empruntée à l’article de la Lettre du Musicien publié en septembre 2025).

Une nouvelle association, la Nouvelle Maîtrise des Hauts de Seine (NMHS ) a été créée en 2026. Chantal Barthélémy-Ruiz y consacre sa tribune dans le numéro de juillet-août du HDS Magazine (à lire ici).

Le groupe Écologistes & Socialistes siège au sein du CA de cette nouvelle association, via Chantal Barthélémy-Ruiz qui est la représentante de l’opposition départementale. Désormais, nous pouvons donc mieux suivre le fonctionnement de la Maîtrise, et notamment la façon dont sont traités les jeunes membres des différentes chorales, avec des protocoles très sérieux en matière de prévention des Violences Sexistes et Sexuelles (VSS), ainsi que les aspects financiers de la gestion.

Les débuts de la Maitrise des Hauts de Seine (MHS)

La Maitrise a été créée en 1985 A cette époque le conseil départemental (alors nommé « Conseil général », et présidé par Charles Pasqua) siège au CA de l’association.

A partir de 1999 , un nouveau directeur de la MHS est nommé, Gael Darchen. Celui-ci vient avec son épouse, Anne-Sophie Lepinay, qui prend la direction adjointe de l’établissement. Dès lors, la gouvernance de l’association évolue et, avec elle, ce qui était la règle jusqu’ici, soit la présidence de la Maîtrise par le vice-président à la Culture du département. Le Département se désengage de cette participation directe, qui pourrait être considérée comme de la gestion de fait.

Gael Darchen apparait au fil des années comme le directeur tout puissant, indiquant même sur Linkedin qu’il est « chef d’entreprise » et « propriétaire » de la Maîtrise. On découvre des années plus tard qu’il désignait vraisemblablement lui-même les administrateurs de l’association, après avoir fait modifier les statuts, permettant ainsi que des primes puissent lui être versées.

Le couple bénéficie également d’augmentations de salaires de plus de 5% par an depuis cette époque : le total des 3 plus gros salaires déclarés représente ainsi, en 2023, plus de trois fois le montant de l’an 2000 ! Ce qui est évidemment très loin de la moyenne dans le secteur. Et du niveau de l’inflation.

Les président(e)s et membres du Conseil d’Administration se succèdent, en général des élus, des personnalités politiques et parfois aussi des hauts fonctionnaires. Le Département des Hauts-de-Seine augmente régulièrement le montant de la subvention accordée (+9 % par an en moyenne), ceci pour suivre l’augmentation du nombre de jeunes Maîtrisiens, telle qu’annoncée par l’association , qui, semble t il ,ne déposait pas régulièrement les documents demandés aux associations subventionnées par les deniers publics… sauf les années où un audit était demandé par la collectivité publique.

Sur le plan du rayonnement culturel, tout va très bien, la Maîtrise devient même le chœur officiel de l’Opéra de Paris et travaille avec le Théâtre des Champs Élysées ; la Maîtrise se produit également à l’étranger lors de tournées. Le partenariat avec l’Éducation Nationale et les scolaires prend moins d’importance.

En 2017, la Maîtrise intègre des locaux situés à la Seine Musicale, à Boulogne-Billancourt.

Les alertes et enquêtes effectuées

Au fil des années, certains parents ou jeunes adultes de la Maîtrise alertent sur le climat très particulier qui règne au sein de la Maîtrise, arguant d’humiliations et d’actes de violences psychologiques, voire plus, mais à l’époque le conseil d’administration et la direction de la MHS n’en tiennent pas compte.

Durant toutes ces années, le Conseil départemental n’a pas de représentants officiels au Conseil d’Administration, même si on relève que certains élus départementaux ont été présidents ou administrateurs à titre personnel.

Pendant cette période, plusieurs audits, non rendus publics , ont été effectués sur le fonctionnement et la gestion. Les Maîtrisiens majeurs et les parents ont aussi, semble t il été destinataires d’un questionnaire en 2024, initié par la Maîtrise au moment où l’on commence à entendre beaucoup parler de problèmes de traitement, peut-être déviants, à l’égard des élèves.

Les faits qui ont amené à la fermeture de l’association

Ils commencent en été 2024, avec une adresse par certains parents au Président du Conseil départemental et de premiers articles dans la presse, notamment dans Le Monde qui titre sur des « plaintes pour harcèlement sexuel contre le chef de la Maîtrise des Hauts-de-Seine ».

Puis c’est l’enquête de l’Assemblée Nationale en 2025 qui inclut le fonctionnement de la Maîtrise des Hauts de Seine parmi les auditions sur la thématique des Violences Sexistes et Sexuelles dans le monde de la Culture. Sont alors auditionnés des collectifs de parents, la direction et la présidence du CA de la Maîtrise, Opéra National de Paris, anciennes ministres de la Culture, Président et cadres administratifs de la Culture et de l’Audit su Conseil Départemental. Plusieurs personnes auditées ont été depuis officiellement accusées de mensonges sous serment.

À cette époque, des témoignages d’anciens Maitrisiens passent sur Radio France et d’autres témoignages se font jour, notamment dans les enquêtes du mensuel La Lettre du Musicien et à l’antenne de la radio France musique.

L’Opéra de Paris décide de ne plus faire appel à la Maîtrise comme chœur officiel, puis c’est au tour du Théâtre des Champs Élysées quelques semaines plus tard.

Le cas de la Maîtrise est évoqué par le groupe Écologistes & Socialistes lors de réunions du Conseil Départemental, notamment lors de la séance publique de mars 2025, avec expression de l’inquiétude pour les jeunes membres de la maitrise et le souhait d’un audit, portant non seulement sur la gestion mais aussi sur les aspects de traitements violents et humiliants qui semblent exister à la MHS. Et sur le risque aussi que, principal financeur de l’association, le Département (dont nous rappelons qu’il n’a pas de représentants officiels au CA de la Maîtrise) puisse être considéré comme co-responsable. La subvention qui était de 320 000 € à 400 000 € avant 2001, est passée à 1,7 millions € à partir de 2020.

La Vice-Pésidente à la culture et le Président du Conseil départemental annoncent en septembre 2025 que l’association va être reprise en régie, c’est-à-dire comme un service du département. Début 2026, l’association est finalement dissoute et une association « Nouvelle Maîtrise des Hauts de Seine » est créée. Cette fois, au sein du conseil d’administration, siégeront trois élus du conseil départemental, dont un élu de l’opposition.

La présidence revient à Isabelle Caullery, ancienne conseillère départementale, connue pour sa rigueur. Autour d’elle, les administrateurs, outre le Conseil départemental , sont un représentant des élèves majeurs et un parent représentant des élèves mineurs, ainsi que des personnalités qualifiées telles que Laurence Equilbey, chef d’orchestre et directrice musicale d’Insula Orchestra et d’Accentus.

Les nouveaux statuts, sans rien retirer à l’excellence de la pratique musicale, réorientent davantage la mission de la Maîtrise vers les Alto-séquanais , avec davantage d’interventions au profit des villes du département, et des programmes destinés aussi aux scolaires, et aux établissements type EHPAD.

Le Conseil départemental continue à maintenir le niveau de subvention de l’association, avec 1,645 million € en 2026, et ce même si le nombre de Maîtrisiens de l’an dernier n’était plus que de 450 au lieu des 630 il y a quelques années.

L’ancienne association est en liquidation et la nouvelle démarre sur le plan financier sans reprendre rien de l’ancienne structure, permettant ainsi que l’enquête éventuelle sur les manquements du passé puisse éventuellement se poursuivre.

Quant à l’ancien directeur, l’association étant fermée , il n’y a pas eu de licenciement et nous avons appris qu’il avait été dès son départ repris au service Culture de la Mairie de Puteaux, dont la maire avait fait partie du CA de la l’ancienne Maîtrise.

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