Stratégie Nature 2026-2030
Intervention de Najib Benarafa lors de la séance publique du 3 juillet 2026.
Ce rapport sur la nouvelle stratégie nature du département est très important. Je dirais même qu’il devrait être la priorité de la gestion du patrimoine et de l’urbanisation de notre territoire. Parce que si nous ne redéveloppons pas notre patrimoine environnemental, notre département ne sera plus viable pour ses habitants. On l’a vu avec les canicules extrêmes la semaine dernière et qui vont devenir de plus fréquentes et de plus en plus violentes. Et sans environnement viable, tous les services sociaux et économiques du Département ou de Paris La Défense seront eux-mêmes anéantis.
Alors bien sûr que les services ont essayé de faire rentrer des réalisations déjà lancées et qu’il y a un peu de recyclage dans ce rapport et je sais que ces mêmes projets seront réutilisés pour le rapport développement durable, pour le plan bruit, pour la stratégie décarbonation, pour l’agenda 2030, pour le budget vert…Mais dans cette nouvelle stratégie il commence à y avoir les prémisses d’un plan pour le département et ça c’est un tournant.
Le diagnostic est sincère car vous avez une équipe et des écologues compétents au département. Ce rapport rappelle que le changement climatique fragilise le patrimoine arboré, avec des sols et arbres vulnérables. Et que la biodiversité et la résilience des sites doivent être renforcées face aux sécheresses, tempêtes, maladies et ravageurs. Plus un écosystème est diversifié plus il résistera au stress thermique ou à des traumatismes comme les incendies, la sécheresse ou le parasitisme.
Mais la biodiversité n’est ni résistante ni résiliente à l’infini face à une accumulation de traumatismes extrêmes car il existe des effets de seuil irréversibles pour le vivant. Les dernières canicules ont beaucoup affecté la faune et la flore. On a vu le tronc des jeunes arbres s’ouvrir en se craquelant, on a vu d’immenses branches asséchées de grands arbres qui tombent brusquement, on a vu des élevages de poulets et de porcs mourir par milliers d’hyperthermie et le bilan humain en île de France de la canicule risque d’être sans précédent.
Il faut donc rester humbles, et lucides, quelle que soit la végétalisation, il n’y aura pas d’adaptation possible si des pics de chaleur à 50°C se multiplient. Nous devons au plus vite réduire notre empreinte carbone, et revoir notre modèle économique de consommation.
Le bilan de ce rapport résume les réalisations majeures du département de la précédente stratégie nature mais pour qu’il soit complet il aurait dû exposer le pourcentage net de désartificialisation des sols. Aujourd’hui nous sommes à 76% d’artificialisation du territoire. Alors qu’un sol stocke non seulement du carbone atmosphérique mais permet aussi le développement de la biodiversité et l’absorption des précipitations. Un sol c’est quelque chose de vivant. Il doit faire partie de la stratégie nature avec des incitations à la désartificialisation.
Parmi les plus belles réussites je voudrais relever la bonne gestion des ENS, des berges de Seine et le début de la mise en place des îlots verts dans les collèges. Je n’oublie pas les résultats observés au parc départemental des Chanteraines avec une biodiversité qui s’enrichit : des espèces d’oiseaux en voie d’extinction qui choisissent ce milieu pour se reproduire, c’est le meilleur indicateur de réussite d’une stratégie, plus encore que la fréquentation d’un parc par des humains.
Il y a eu de belles réalisations, plus d’espaces naturels sensibles labellisés par des réaménagements et des réouvertures mais alors que l’on sait que le Nord du département est carencé depuis le début de ce mandat, on compte 7 réalisations de plus dans le sud contre 2 seulement dans le Nord alors que c’est le plus densément peuplé. La surface d’espaces verts par habitant est de 5 m² dans le nord contre 88 m² dans le sud. Les Zones carencées se répartissent dans 6 communes : Bois-Colombes, Nanterre, Suresnes, Châtillon, Bourg-la-Reine et Colombes donc je me sens concerné.
La nouvelle stratégie Nature 2026-2030 ne va pas inverser la tendance, car les 20 hectares d’ENS promis concernent essentiellement le projet autour de Paris la Défense, sa dalle, qui se prolonge jusqu’à Nanterre le Bd Devedjian, Rueil Malmaison, les jardins du musée du grand siècle à St Cloud, qui n’est pourtant pas la ville la plus carencée en arbres et en parcs et l’échangeur de la manufacture de sèvre, ce n’est pas ça qui va effacer le déséquilibre du département.
Les Archipel verts avec 2 000 petites parcelles départementales, souvent résiduelles ou routières, représentant environ 25 hectares cumulés sont une bonne idée. Toutes ces aires de livraison, de stationnement, doivent être désartificialisés en commençant par le Nord du département.
Dans le même ordre d’idée, vous avez parlé à nouveau des îlots verts des cours de collège mais on sait que cela coûte très cher et que le rythme des transformations a été ralenti. Et si vous lancez un vrai plan d’éducation à la nature, ce que je trouve admirable et que dans le nord on est carencé en parcs, il devient indispensable de privilégier d’abord les collèges du Nord en tout cas donner la priorité aux communes carencées, où l’accès à la nature est le plus limité. Cette stratégie mériterait donc un calendrier de la végétalisation des collèges du Nord du département.
Pour notre groupe, le projet phare de cette stratégie nature c’est cette promenade verte de 50 Km qui va du Nord au Sud, ça c’est une promesse qui peut transformer le département ! Si j’étais Jean Castex, je vous remettrais une décoration pour ce projet. Bien sûr vous ne partez pas de rien, mais cette continuité piétonne, cycliste et végétale va non seulement rendre attractif et accessible le territoire à ses habitants mais créer des corridors de biodiversité qui faciliteront les déplacements de la faune, la dispersion des espèces et la résilience des milieux face au changement climatique. C’est ce qu’on peut espérer de mieux à condition que ces espaces ne soient pas colonisées ou accaparées par les commerces ou les services de restauration.
Dans mes premières interventions en début de mandat, j’avais proposé que l’on crée un maillage entre les ilots verts des 100 collèges du département, peut-être qu’on y arrivera un jour. A Colombes et Bois Colombes il y a deux territoires particulièrement carencés qui ont chacune une coulée verte pratiquement en continuité. J’aimerai sincèrement que le Département aide ces communes à prolonger ces promenades vertes pour que les deux bras de la Seine soient reliés ensemble par un corridor du parc départemental Lagravère, en passant par le stade Yves du manoir jusqu’à une navette fluviale d’Asnières sur Seine. Non seulement ça aurait beaucoup de sens mais cela compenserait un peu nos carences dans le Nord.
Le réaménagement des berges de Seine est une bonne chose si c’est pour déminéraliser et peu à peu réduire l’omniprésence des voitures. La trame bleue avec le réchauffement climatique va être vitale. Dans une future stratégie Nature il faudra peut-être repenser le statut de la Seine. Aujourd’hui les sociétés anonymes peuvent avoir un statut juridique pour se défendre contre toute sorte d’atteinte, il faudrait que dans une futur stratégie nature, qu’une entité aussi incontournable que la Seine obtienne aussi des droits. Une enquête récente de la carte des cours d’eau polluée publiée dans Médiacité et Reporterre révèle que l’eau de la Seine à Colombes comporte encore 5 polluants chimiques en dépassement à des doses inquiétantes.
Je ne peux parler de tout, il est fait mention à nouveau, du guide de l’arbre, de leur valeur, du nombre de plantations prévues. Mais si on veut vraiment se protéger des canicules, Il faudra des villes forêts, il faut que l’arbre soit notre premier climatiseur. Il faut que l’on accueille non seulement l’arbre dans chacune nos rues mais aussi le cycle de l’eau dans nos villes, il faut arrêter de compacter nos sols, il faut arrêter de les cuirasser les sols il faut les laisser respirer, comme nous. Et je sais que c’est parfois très compliqué de planter un seul arbre du fait du réseau de canalisations, de câblage souterrain, de voies de circulation mais peut-être qu’il est temps de réunir nos partenaires de l’énergie, de la communication et l’assainissement pour repenser le sol de nos cités.
Pour les collèges, vous avez commencé le travail mais aujourd’hui il est plus facile d’avoir des subventions pour obtenir des tablettes numériques que pour planter des arbres. Et puisqu’on parle dans ce rapport de permettre aux collèges de refaire des classes nature c’est cela qu’il faudrait instaurer. Que chaque collégien puisse planter un arbre et en devenir responsable. Aujourd’hui la plupart des élèves de 6ème n’ont jamais tenu une limace dans leur main. Certains n’en ont jamais vu. J’ai entendu dire des élèves en voyant une limace : oooh un escargot sans coquille. Voilà où on en est. Les grands parents qui habitent à la campagne sont les derniers à transmettre les secrets de la nature à leurs petits-enfants. Et puisqu’on parle d’éducation, je voudrais rappeler à cette assemblée que le mot Nature est une invention de notre langage qui ajoute de la distance entre les humains et les autres espèces. Alors que depuis des centaines de milliers d’années l’humain a évolué dans et grâce à tout ce qui est vivant. Je rappelle que l’humain possède plus de bactéries, sur et dans son corps que de cellules. Tout ce microbiote est en interaction avec notre système immunitaire, avec notre système nerveux donc notre cerveau et en interaction avec les autres microorganismes de notre environnement. Nous faisons partie de la nature.
Cette stratégie Nature redonne un peu plus de place au vivant non-humain. Mais il faudra aussi penser une stratégie avec l’ambition de réapprendre à cohabiter avec les autres espèces.
Retrouvez notre compte rendu complet de la séance publique du Conseil départemental des Hauts-de-Seine du 3 juillet 2026 ICI.
