Subvention 2025 à la Maîtrise des Hauts-de-Seine
Intervention de Chantal Barthélémy-Ruiz lors de la commission permanente des Hauts de Seine 24 mars 2025, faisant suite à sa première intervention sur le sujet, lors de la séance plénière du vendredi 14 février 2025 (à lire ou visionner ici).
Une situation à prendre au sérieux
Bien que l’information n’ait pas été mise à jour sur le site de la Maitrise des Hauts de Seine, l’Opéra de Paris ne les reconnait plus comme « chorale officielle » , le théâtre des Champs-Elysées suspend le partenariat avec un dernier concert hier soir ; de même, un certain nombre de parents ont retiré leurs enfants de l’institution, faisant passer en quelques années le nombre de maîtrisiens de 650 (chiffre toujours annoncé sur leur site officiel de l’association) à 463 comme indiqué sur les documents déposés l’an dernier avec la demande de subvention. La ville de Boulogne Billancourt, si mes informations sont exactes, n’a pas fait figurer cette année l’association au nombre de celles qui reçoivent une subvention.
Est-ce qu’il se passerait de graves choses à la Maîtrise des Hauts-de-Seine ? Tous les témoignages évoqués par plusieurs médias sérieux ces derniers mois tendraient à le laisser penser, de même que le fait que les partenaires habituels de la Maitrise ont appliqué, à tout le moins, un principe de précaution car, bien sûr, il ne s’agit pas de condamner sans vérification.
Des parents ont été auditionnés sur le janvier fin janvier à l’Assemblée Nationale, dans le cadre de l’examen des violences sexistes et sexuelles (VSS) dans la Culture, de même que le Président du Département des Hauts-de-Seine. Et d’autres parents, ceux qui nous ont alertés, seront auditionnés aujourd’hui même à 16h.
Nous votons contre l’attribution de la subvention 2025 sans contrôles renforcés
Lors de cette Commission Permanente, nous avons à examiner une délibération qui propose d’attribuer comme chaque année, une très importante subvention à la Maîtrise, qui représente aujourd’hui plus de 79 % du budget global de l’association ; le chiffre proposé est même supérieur à celui de l’an dernier. Il nous est proposé de verser immédiatement 1,2 M€ sans aucun autre contrôle. Seuls les 309 000 € de compléments seront versés fin juillet après que l’association aura présenté des documents précis sur l’année 2024 et aura indiqué « quelles dispositions ont été prises pour donner suite à l’audit … ». Un audit dont nous ne savons pas le contenu. Qu’est-ce qui a été audité, la santé financière et les éléments administratifs, ou bien les méthodes pédagogiques utilisées avec les jeunes élèves ? Nous n’avons pu le savoir.
Les villes font en général très attention aux documents remis par les associations et à l’application des conventions, dès lors qu’une somme supérieure à 23.500 euros est attribuée. Alors, 1,7 M€ !
Tout le monde avait confiance dans cette institution, dont les résultats, en termes d’interventions publiques étaient remarqués et les quelques membres du conseil d’administration dont nous avions les noms sont parfaitement honorables. Mais, en 2025, des signaux d’alerte nous ont été donnés. Et d’autres enquêtes ont lieu sur des institutions au sein desquelles certains responsables ont dérapé.
La collectivité doit agir en responsabilité
L’Education Nationale a été condamnée récemment à verser des dommages et intérêts à des familles dont les enfants avaient subi des dommages dans des établissements de l’enseignement privé sous contrat car il a été indiqué que, chargé des contrôles des établissements, l’Etat ne pouvait ignorer les dérives qui existaient. Notre département, principal financeur, 1,7 M€ de subvention sur 2,2 M€ de budget, pourrait sans doute être considéré par la justice comme un donneur d’ordre, même si nous ne nous considérons pas comme tel.
D’autant que le rapport du commissaire aux comptes pour 2022 indique très clairement que la Maîtrise « répond aux demandes que le Conseil départemental des Hauts-de-Seine peut lui formuler concernant sa participation à des événements ou des actions qu’il organise » ou encore qu’elle réalise des événements auprès de certains publics « conformément aux souhaits du Conseil départemental des Hauts-de-Seine » (source : rapport du Commissaire aux Comptes pour l’année 2022, cabinet d’audit Bakertilly).
Aujourd’hui on dispose de témoignages nombreux sur les Intimidations, le harcèlement, la violence, les propos très déplacés à l’égard de jeunes filles, venant essentiellement du directeur artistique. Et la presse s’en est fait l’écho, une presse sérieuse, comme France Musique ou La lettre des Musiciens, peu connus pour diffuser des informations fausses..
Certes, la convention qui lie le Département et la maitrise n’aborde pas explicitement les violences mais les objectifs pédagogiques et la gestion de l’établissement. Et cette convention est encore valable un an. Mais, Il me semble qu’aujourd’hui, avec les sérieux doutes que nous pouvons avoir, le texte de la convention pourrait être amendé. De même que l‘on demande aujourd’hui et ce depuis 2019 aux associations qui sollicitent une subvention de signer une Charte de la Laïcité, on pourrait instaurer une Charte de Respect, comme il y en a à l’égard des agents par exemple dans de nombreuses municipalités ou départements. Les objectifs pédagogiques sont une chose, les méthodes « pédagogiques » en sont une autre.
Monsieur le Président, vous m’aviez fait remarquer lors de notre dernière assemblée que nous aurions pu vous demander un rendez-vous pour avoir les informations et faire part de nos remarques. Nous avons donc sollicité, de votre part, Joaquim Timoteo, notre président de groupe et moi, un entretien, peut etre un peu tardivement car la date l’entretien ne nous a pas été proposée avant que nous recevions la liste des délibérations qui seraient examinées ce jour. Toutefois, nous avons reçu un bon nombre des documents complémentaires que nous avions sollicités. Et vous recevrez bientôt les parents.
Il est notable qu’au-delà des pratiques et du traitement des enfants, il y avait pourtant des signes que nous aurions pu repérer :
- Dans la délibération de mars 2023, on cite nommément le Directeur artistique dans le texte de présentation de la Maîtrise, sans doute comme argument pour en souligner l’excellence ;
- Dans la délibération de janvier 2024 son nom disparaît du même texte de présentation, dans lequel on évoque d’ailleurs « plus de 620 enfants » formés (alors que le rapport 2023 annonce en réalité 465 jeunes – dont 334 seulement résidant directement dans notre département) ;
- Dans la délibération qui nous occupe aujourd’hui, on remarquera que le nombre exact d’enfants formés n’est plus cité, il y est seulement question de « plusieurs centaines d’enfants ».
Pourtant, il y a demande d’un montant encore plus élevé que l’an dernier ? Et plus de 4 mois leur serait laissé pour justifier des décisions prises pour suivre les préconisations de l’audit ? Au vu des salaires très importants versés aux trois responsables principaux de l’institution (plus de 360.000 euros par an), les dits responsables peuvent certainement consacrer quelques heures rapidement à rendre compte des mesures prises.
Nos suggestions
Le département pourrait verser une somme moins importante, celle qui permettrait à l’institution de faire face aux besoins de quelques mois, puis étudier les résolutions prises et leur application, modifier le texte de la convention ou lui ajouter une annexe et compléter ensuite les versements en fonction de ces éléments.
Comme je le proposais le mois dernier, deux autres suggestions :
- Le premier audit ayant essentiellement porté sur des aspects financiers , le Conseil départemental peut il faire la proposition à la Maitrise d’engager un organisme d’audit extéieur, à la manière de la Fondation anciennement dénommée « Abbé Pierre », pour exemple récent, afin de restaurer la confiance envers le processus d’enquête interne ?
- Le Conseil départemental peut il auditionner le Conseil d’administration de la Maîtrise concernant leurs dispositions relatives à la protection de l’enfance, afin d’en vérifier la solidité et d’intégrer cet aspect à toute convention de financement future ?
Evidemment notre but commun est que la Maîtrise perdure, et il ne s’agit pas d’empêcher son fonctionnement mais seulement de s’assurer qu’il sera désormais conforme aux valeurs éducatives que nous partageons tous.
Nous ne doutons pas de votre intention de bien faire dans ce dossier, mais si nous ne prenons pas de précautions et si, par nos exigences, nous n’amenons pas l’institution à se réformer, cela nous sera reproché assurément à tous, collectivement.