Restauration scolaire dans les collèges : un service public confié au privé

Intervention de Lounes Adjroud lors de la séance plénière du Conseil départemental des Hauts-de-Seine du vendredi 20 février 2026 (compte rendu de cette séance à lire ici).

Nous examinons aujourd’hui deux rapports consacrés à la restauration scolaire dans nos collèges : d’abord celui relatif au renouvellement des concessions pour la période 2026-2030, puis celui présentant le bilan d’exécution pour l’année scolaire 2023-2024.

Permettez-moi de commencer par une remarque de méthode. Car l’ordre dans lequel ces rapports nous sont présentés n’est pas neutre. Nous sommes invités à décider de l’avenir du modèle avant même d’en débattre pleinement le bilan.

Nous votons d’abord la reconduction du système, puis nous analysons ensuite ses résultats.

Ce choix transforme le bilan en constat a posteriori, alors qu’il devrait éclairer notre décision. Pour comprendre ce que nous décidons aujourd’hui, il faut revenir aux choix politiques déjà posés.

Un choix politique déjà acté

Ce débat ne commence pas aujourd’hui. En commission permanente, en novembre 2024, la majorité départementale a fait le choix de poursuivre l’externalisation de la restauration scolaire. Notre groupe écologiste et socialiste avait alors exprimé ses réserves.

Le vote d’aujourd’hui constitue donc la confirmation d’une orientation engagée depuis plusieurs années, dont le bilan nous permet désormais d’évaluer les effets concrets.

Un service public financé mais piloté à distance

Une question simple se pose alors : que produit réellement ce modèle dans le quotidien du service ? Le Département finance 71 % du coût réel des repas (rapport 26.25, p.7). Nous parlons donc d’un service profondément public par son financement, sa vocation sociale et sa mission éducative.

Pourtant, la production des repas, la gestion du personnel, la facturation et la relation aux familles sont confiées aux concessionnaires.

La collectivité assume la responsabilité du service public, mais elle n’en maîtrise plus directement le fonctionnement quotidien.

Des résultats contrastés révélés par le bilan

Le rapport d’exécution permet de passer des principes aux résultats observables. Il met en évidence des performances différentes entre prestataires.

Elior demeure déficitaire tandis que Sodexo présente une situation plus stabilisée (rapport 26.25, p.5). Mais ce sont surtout les résultats pour les élèves qui interrogent. Le rapport indique une baisse de 11 points de la satisfaction globale des collégiens (rapport 26.25, p.13).

Le terrain avait alerté ; le rapport confirme désormais objectivement ces difficultés.

La satisfaction apparaît plus élevée dans les établissements produisant les repas sur place.

Les remontées concrètes du terrain

Au-delà des indicateurs, nous devons entendre les remontées régulières des parents, élèves et équipes éducatives :

  • Qualité parfois très faible des repas servis ;
  • Problèmes récurrents de quantité lors des seconds services ;
  • Difficultés d’organisation générant parfois des situations ubuesques, comme le manque ponctuel de couverts propres.

Ces situations éclairent les indicateurs du rapport relatifs à l’organisation et à la satisfaction des élèves (rapport 26.25, p.13 à 16).

Des engagements écologiques encore insuffisamment atteints

La loi EGalim impose au moins 50 % de produits durables dont 20 % de bio. Or ces objectifs ne sont pas atteints sur certains lots, notamment celui exploité par Elior, entraînant plus de 837 000 € de pénalités liées à l’alimentation durable (rapport 26.25, p.11).

Nous avons voté des ambitions écologiques ; elles doivent maintenant se retrouver dans les assiettes.

Une gestion sous correction permanente

Lorsque ces écarts deviennent récurrents, la réponse du système est contractuelle. Près de 900 000 € de pénalités ont été appliqués au titre de la seule année scolaire 2023-2024 (rapport 26.25, p.17).

Quand un service public tient grâce aux pénalités, c’est peut-être son organisation qu’il faut interroger.

Le renouvellement : des corrections sans changement de modèle

Le nouveau contrat abandonne certaines erreurs, notamment le couplage restauration-propreté, et prévoit davantage de production sur place (rapport 26.24, p.4-5). Mais il reconduit le même mode de gestion.

Nous adaptons le dispositif sans jamais réinterroger le choix du modèle.

Un prestataire unique demain

Une évolution majeure apparaît : Sodexo est retenu pour l’ensemble des trois lots (rapport 26.24, p.9-11). Nous passons d’une externalisation partagée à une externalisation concentrée entre les mains d’un seul opérateur. Un seul prestataire assurera donc la restauration pour plus de 30 000 collégiens.

Une ambition alimentaire en retrait par rapport à d’autres collectivités

La loi EGalim fixe un minimum de 20 % de bio.

Certaines collectivités vont bien au-delà :

  • la Ville de Paris vise environ 75 % d’aliments biologiques dans ses cantines ;
  • le département de la Haute-Garonne développe un modèle fondé sur le « fait maison », le local et le bio.

Ces exemples montrent qu’un autre niveau d’ambition est possible.

La transition alimentaire n’est pas une question de moyens, mais de choix d’organisation publique.

Conclusion

Nous arrivons ici au cœur du débat : au-delà des contrats, c’est une vision du service public qui est en jeu.

Le choix qui nous est proposé aujourd’hui n’est pas seulement contractuel : c’est un choix de vision du service public.

Pour notre groupe Ecologistes & Socialistes, l’avenir devrait aller vers une reprise progressive de maîtrise publique permettant davantage de production sur place et une cohérence réelle entre ambitions écologiques et organisation du service.

C’est pourquoi nous voterons contre le rapport n°26.24 relatif au renouvellement des concessions.

Nous prenons en revanche acte du rapport n°26.25, dont les constats doivent nourrir le débat à venir.

Parce qu’au fond, la question reste entière : voulons-nous gérer la restauration scolaire comme un contrat…ou comme un véritable service public pleinement assumé ?

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