Plan de Prévention du Bruit dans l’Environnement 2026-2030
Intervention de Najib Benarafa lors de la séance plénière du Conseil départemental du vendredi 20 février 2026 (compte rendu de cette séance à lire ici).
Comme le souligne ce rapport, le coût social du bruit est estimé à plus de 147 Milliards d’Euro par an en France en tenant compte des pathologies liées aux nuisances sonores, et la santé mentale en fait aussi partie, en tenant compte des dépréciations immobilières et des pertes de productivité au travail. Pour l’île de France qui concentre, habitants et nuisances, on estime à 18 milliards d’euros/an le coût des nuisances sonores liées au trafic routier.
Si on y ajoute tous les avions qui décollent et atterrissent à Roissy CDG en configuration Vent d’Ouest (Les avions décollent et atterrissent toujours face au vent.) et qui contournent Paris par l’Ouest en survolant tout notre Département. Et les jets privés, parfois vides, qui atterrissent au Bourget et qui survolent en configuration Ouest les communes de Nanterre, Asnières Bois Colombes, Colombes Gennevilliers et en configuration Est, Meudon, Clamart, Chatillon, Bagneux on s’aperçoit que ce sont souvent les mêmes communes qui sont le plus touchées par les nuisances sonores. Toutes ces données sont accessibles grâce à l’excellente association ADVOCNAR de défense contre les nuisances aériennes.
On peut regretter que la compétence du département s’arrête aux bruits des routes départementales, et que nous ayons perdu toute souveraineté sur le fleuve qui traverse nos villes et sur ce qui se passe dans notre ciel. Je profite donc de ce rapport pour appeler à ce que nous reprenions la main sur ces domaines car ils concernent avant tout les altoséquanais, sinon nous serons survolés à toute heure du jour et de la nuit et les effets de ce plan bruit paraîtront incomplets.
En attendant, je salue le travail méticuleux des services du Département pour réaliser ce Plan de Prévention du Bruit dans l’Environnement 2026-2030 car il donne un bon panorama résumé de ce qui a été fait et des objectifs qui ont été chiffrés et budgétisés.
On peut certes critiquer les indicateurs de bruits choisis mais ils ne sont pas le fait du Département.
En effet ces indicateurs mesurent d’abord la perception de l’intensité sonore par l’être humain en fonction du moment de la journée. Ils ne prennent pas compte de la perception du vivant non-humain. C’est comme si toutes les autres espèces n’existaient pas.
Comme si le chant des oiseaux ou des insectes, pour se reproduire et pour protéger un territoire n’existait pas. Peut-être que ça ne vous choque pas mais si on veut rêver les Hauts-de-Seine en 2050, il faut que l’on change de gouvernance dans nos collectivités pour placer le vivant non-humain au cœur de l’action publique en prenant en compte leurs intérêts quand on aménage un quartier ou quand on décide de l’avenir d’un territoire en matière de nuisances sonores. Et s’il le faut, nous devons nous interroger sur la possibilité d’attribuer une personnalité juridique à des écosystèmes, comme la Seine par exemple, pour mieux les protéger du bruit et d’autres nuisances.
Deuxième critique sur les diagnostics, ils se concentrent beaucoup sur les individus exposés à des niveaux de bruits supérieurs aux seuils réglementaires. C’est-à-dire à dire à des niveaux sonores au-dessus de 68 décibels ayant des effets psycho physiologiques et qui touchent 16% des altoséquanais soit environ 250 000 habitants seulement alors que l’on sait qu’à partir de 30db le sommeil est perturbé et au-dessus de 45db il est difficile de s’entendre parler. Cela minimise ou invisibilise véritablement le nombre total d’individus gênés par le bruit dans notre département et qui doit être au-dessus de la moyenne nationale c’est dire plus de 78% des altoséquanais.
En revanche le plan d’action du Département pour lutter contre le bruit est cohérent parce qu’il est à la fois spécifique contre le bruit par l’isolation phonique de bâtiments, mais aussi multidimensionnel parce qu’il permet d’avoir une approche globale face aux nuisances des routes départementales.
Je ne vais pas revenir sur chaque action mais si on résume : développement des tramways, des métros et des RER, Réaménagement des routes départementales en développant les pistes cyclables, préservation et extension des espaces naturels sensibles qui sont des zones calmes et amélioration du confort des équipements publics et des logements sociaux. Un plan cohérent qui permet aussi, comme par miracle, de limiter les effets du réchauffement climatique.
Malheureusement un plan qui ne s’attaque pas à la véritable source des nuisances sonores, qui est aussi source de pollution de l’air de nos villes et à la création d’îlots de chaleur. Cette source c’est la dépendance à la voiture individuelle thermique.
Alors bien sûr, toutes les actions du Département sont remarquables et cohérentes. On pourrait même proposer de financer, selon le niveau de ressources, entre 80 % et 90 % du montant des travaux d’isolation acoustique des fenêtres et des portes des logements exposés au bruit de la rue, comme à Bordeaux. Mais quand je vois tout cet argent public dépensé pour tenter d’atténuer seulement des nuisances qui mettent en danger les habitants sans s’attaquer à la racine du mal, j’aimerais que nous ayons une approche plus systémique.
Si vraiment nous sommes des femmes et des hommes politiques responsables, nous devrions imaginer un plan pour sortir du modèle de dépendance à la voiture individuelle thermique au plus vite, après des concertations et des expérimentations.
Beaucoup de nuisances seraient ainsi résorbées, notre territoire deviendrait unique, donc attractif, et cela ne nous coûterait pas forcément plus cher.
Retrouvez le compte rendu complet de la séance plénière du 20 février 2026 ICI.
