Développement durable : état d’avancement de la mise en œuvre de l’Agenda 2030 du Département
Intervention de Najib Benarafa lors de la séance plénière du Conseil départemental du vendredi 20 février 2026 (retrouvez le compte rendu de cette séance ici).
Tout d’abord, je tiens à saluer le travail des services du Pôle Transition Écologique et Énergétique pour montrer l’état d’avancement du projet DD sur chaque mission. Vous avez rendu la lecture beaucoup plus claire et plus transparente, et répondu à une de mes demandes l’an dernier, je vous remercie. J’ai apprécié aussi la page de mise à jour des réglementations et lois, ainsi que le positionnement des indicateurs. Ça ouvre à la critique mais au moins on peut débattre sereinement sur des faits, des données et faire avancer les choses.
On peut par exemple, critiquer le choix de certains indicateurs. C’est positif de voir que 69% que les Services de solidarité territoriale (SST) sont équipés en espaces numériques mais l’indicateur le plus important pour les utilisateurs seraient de connaître le nombre de dossiers traités par rapport au nombre de dossiers reçus. Surtout pour la MDPH.
Un autre indicateur intéressant pourrait être de connaître le pourcentage d’accès des plus vulnérables à leurs droits. L’accès des plus faibles à leurs droit est devenu un enjeu majeur pour lutter contre la précarité.
Certains indicateurs sont parfois un peu biaisés : le nombre de PMI qui a ouvert en 2025 est en effet en augmentation, mais certaines sont en fait des réouvertures après des fermetures qui avaient été faites dans un souci de mutualisation alors que ce doit être un service de proximité.
Pour les jeunes de l’ASE, beaucoup de structures ont été mises en place avec un investissement enfin conséquent pour leur hébergement. Il serait important d’avoir des indicateurs sur leur assiduité scolaire et leur formation. Après 21 ans ces enfants sont chassés de leur hébergement. On sait aujourd’hui que 40% des jeunes SDF, donc des jeunes qui sont à la rue sont issus de l’ASE et ce chiffre est terrible. Ces jeunes adultes de moins de 21 ans admis à l’aide sociale à l’enfance (hors MNA) sont certes bénéficiaires d’une mesure d’aide éducative à domicile (AED), mais la question de la sécurisation de leur parcours de jeune adulte doit être un indicateur de réussite que le Département doit se fixer pour que tout l’investissement de notre collectivité ne soit pas vain. Ces jeunes sont une chance, et leur intégration dans notre Société en fera des citoyens éternellement reconnaissants.
Pour les violences faites aux femmes, le département a pris des mesures significatives, et c’est tant mieux, car les féminicides ne baissent pas. Les cas de violences à domicile augmentent y compris dans notre département.
En revanche parmi les indicateurs, je lis qu’il y 4500 violentomètres distribués en version papier et dématérialisée seulement, il faudrait, dans l’absolu, si ce n’est pas déjà fait, distribuer ces violentomètres aux 73 000 collégiens chaque année, pour espérer faire évoluer les choses par l’éducation.
Pour ce qui est des objectifs en restauration scolaire « avec 60% de produits durables dans la restauration scolaire des collèges d’ici 2030 » c’est à dire doubler le bio nous sommes pour, et même pour aller plus loin. Surtout quand certains sénateurs veulent ré-autoriser des pesticides neurotoxiques. Vous avez entamé un projet ambitieux avec le réaménagement des cuisines sur place mais il faut une vraie stratégie d’autonomie alimentaire comme le suggère la loi du 24 mars 2025 sur la souveraineté alimentaire. On a des centaines de paysans avec de petites exploitations qui se font racheter leurs terres par de grosses multinationales de l’agro-industries. Les départements ont une responsabilité pour protéger les paysans vertueux en adoptant des conventions avec eux afin de les sécuriser. Et en achetant leur production pour nos cantines à des prix justes qui préserveront du même coup la souveraineté alimentaire de notre territoire.
Sur les collèges toujours, j’ai observé un ralentissement sur le programme îlots verts des collèges. C’est dommage car parfois le programme a été suspendu brusquement, comme au collège Paparemborde et la plupart des élèves vont avoir quitté leur collège sans avoir vu les changements qu’ils avaient imaginé lors de la préparation et on perd un peu de crédibilité envers les enfants.
Pour la partie se reconnecter à la nature, les objectifs sont ambitieux mais n’ont pas beaucoup avancé non plus cette dernière année avec les restrictions budgétaires. On espère qu’ils seront tous atteints avant la fin du mandat notamment le projet canopée, archipel, berge de Seine. Notre crainte c’est qu’avec la baisse des moyens, les objectifs environnementaux soient sacrifiés en premier alors qu’à long terme, ce sont de bons investissements.
Parmi les objectifs de développement durable, il y a également la création de logements sociaux, mais celle-ci est trop lente et trop faible par rapport à la demande. Face à la spéculation immobilière qui chasse les plus pauvres de certaines villes, il devient de plus en plus compliqué pour des jeunes altoséquanais de partir de chez leurs parents ou d’envisager de créer une famille avec plus d’un enfant.
La dénatalité est un symptôme du déclassement de notre jeunesse. Aujourd’hui un jeune salarié médian a perdu 23m² de surface habitable. Et les crises politiques et écologiques ne sont pas là pour les rassurer.
Le département, à travers son agenda DD 2030 pourrait peut-être rassurer les jeunes altoséquanais s’il développait une véritable économie circulaire à son échelle, plus d’autonomie énergétique avec la SEM énergie et plus d’autonomie alimentaire.
Pour l’instant la seule stratégie industrielle semble reposer sur l’installation de Data Center. Des Data Center qui feront de notre territoire des vassaux des technologies étrangères puisque nous devrons gérer des volumes d’informations exponentiels provenant de technologies d’autres pays en utilisant nos propres ressources.
La transition écologique va progressivement entrer en contradiction avec notre dépendance au numérique et le département devra faire des choix de société importants.
Le techno-capitalisme débridé n’est pas compatible avec le développement durable.
Le département a d’ailleurs lancé une grande campagne qui repose sur la participation des publics à imaginer le monde de demain ; une incitation à « Rêver les Hauts-De-Seine en 2050 ». Une incitation que je salue car elle est participative et s’inscrit dans une perspective à long terme. Surtout, elle fait appel à développer des imaginaires. Et à l’heure où la biodiversité s’effondre à un rythme sans précédent pendant que les adultes regardent ailleurs, parce que nous nous sommes éloignés de la nature, parce que nous sommes toujours plus connectés à nos écrans, en accumulant des biens, nous avons peu à peu oublié que notre survie dépend de cette biodiversité. Car quand cette biodiversité va mal, nous allons mal.
Pour enrayer ce déclin, nous devons changer de regard sur le vivant et intégrer ce dernier dans notre futur, dans notre Société pour demain. Et avec les nouvelles générations, essayer de construire un nouveau modèle pour nous, humains, pour ne pas seulement vivre des ressources DE la nature, mais pour vivre avec elle, puisque nous en faisons pleinement partie. C’est mon rêve pour les Hauts-de-Seine en 2050.
Retrouvez le compte rendu complet de la séance plénière du 20 février 2026 ICI.
