Débat d’orientation budgétaire 2026

Intervention d’Astrid Brobecker lors de la séance plénière du Conseil départemental du vendredi 20 février 2026 (compte rendu de séance à lire ici).

Ce Débat d’Orientation Budgétaire s’inscrit donc dans un contexte international et un contexte national instables et contraints. Nous reconnaissons ces contraintes, mais aussi la solidité financière héritée des années précédentes, la capacité d’anticipation et l’engagement des services départementaux.

Le débat d’orientation budgétaire n’est pas un simple exercice technique. Il fixe le cap politique du Département pour l’année à venir. Derrière ces chiffres, il y a des choix : ceux qui déterminent quelles priorités seront réellement mises en œuvre et quels publics seront protégés.

Avec pour nous, un point de vigilance important sur la place réelle donnée aux Solidarités, première compétence du Département. En 2026, vous annoncez 1 056 M€ consacrés à l’action sociale, contre 1 033 M€ au BP 2025, soit +2,2%. Cela paraît significatif. Mais regardons de plus près :

🔹 Les allocations individuelles de solidarité (AIS)

Les trois AIS – APA, RSA, PCH – représentent 373 M€ en 2026, soit :

  • +20,9 M€ par rapport au BP 2025
  • +6 %

Or cette hausse s’explique largement par des revalorisations nationales obligatoires :

  • APA et PCH : +1,7 %
  • RSA : +0,9 %

Autrement dit, l’augmentation n’est pas un choix politique local car elle est essentiellement mécanique.

Dans un Département aussi riche que le nôtre, les fragilités existent. Elles augmentent. Elles se complexifient.

🔹 Parcours petite enfance

Des familles Altoséquanaises peinent à trouver une place en crèche ou un mode de garde adapté. Les listes d’attente s’allongent. Les inégalités territoriales persistent.Aucune ligne budgétaire structurante ne traduit une accélération du soutien à l’offre. Or, le soutien à la petite enfance n’est pas seulement une politique sociale : c’est un levier d’égalité femmes-hommes, d’insertion professionnelle et de prévention des inégalités futures.

Pourtant, mettre des moyens dans la petite enfance, c’est soutenir l’emploi, réduire les inégalités, favoriser l’égalité femmes-hommes, l’égalité des chances. Nous ne voyons pas dans ce DOB de signal fort.

🔹 Parcours enfance – Protection de l’enfance (ASE)

Nous ne pouvons ignorer les tensions dans la protection de l’enfance : difficultés de recrutement, tensions dans les parcours, saturation des dispositifs, complexité des parcours. Les enfants protégés ont besoin de stabilité, d’accompagnement renforcé, de solutions adaptées — pas d’une gestion à flux tendu.

🔹 Parcours seniors

Deux grands axes : le maintien à domicile (qui peut être constitutif d’isolement) et le séjour en établissement. Dans les faits, les seniors, leurs familles, les aidants nous parlent de démarches longues, multiplicité d’interlocuteurs, manque de lisibilité, reste à charge élevé.

La solidarité doit être simple, accessible, fluide.

🔹 Pour les bénéficiaires du RSA

La question est qualitative sur l’accompagnement renforcé des jeunes, sur les parcours individualisés et sur la coordination avec les acteurs locaux.

Des jeunes en recherche d’emploi manquent d’un accompagnement personnalisé et intensif. Des allocataires se débattent dans des démarches administratives longues, parfois déshumanisées. L’insertion ne peut pas être seulement un suivi administratif : elle doit être un projet global. Quel accompagnement pour les jeunes en recherche d’emploi ? Quel suivi ? Quelle coordination avec les acteurs locaux ?

🔹 Personnes en situation de handicap – MDPH

La cyberattaque et les difficultés de recrutement ont désorganisé les parcours. Des dossiers restent en attente. Les usagers ne demandent pas seulement des crédits. Ils demandent de la fluidité, de la réactivité, des délais raisonnables. Pour les familles concernées, chaque retard est une épreuve concrète.

🔹 Soutien à la parentalité

Les besoins explosent : la précarité qui touche majoritairement les femmes isolées, les familles monoparentales, la jeunesse fait face à des enjeux de santé mentale croissants. L’offre reste trop dispersée et inégalement accessible. L’accès aux droits est le point faible. Sur tous les parcours, de nombreux usagers rencontrent encore un manque de lisibilité, une complexité administrative, des délais d’instruction, des retards MDPH, des parcours RSA morcelés.

Une dématérialisation excluante : la dématérialisation progresse, mais tout le monde n’a pas les codes, l’équipement ou la maîtrise numérique. Le Département devrait être le garant de la lisibilité, de la simplicité et de la proximité.
Or les retours du terrain montrent encore des parcours fragmentés.

La solidarité ne se mesure pas uniquement en crédits. Elle se mesure en accessibilité réelle aux droits.

Sur le terrain, des usagers peinent à faire valoir leurs droits, la dématérialisation crée des barrières, les parcours restent fragmentés.

On note des choix d’investissement discutables au regard des priorités sociales :

  • Les dépenses d’investissement prévues pour 2026 atteignent 592 M€.
  • Les autorisations de programme nouvelles pourraient représenter 465 M€.
  • Le stock d’AP restant à financer s’élève à 3,8 Md€.

Parmi les priorités :

  • des rénovation lourdes de 20 collèges (RaENO.20) : +71,7 M€
  • Travaux d’aménagement dans les collèges : +83,2 M€
  • Prolongement du RER E (EOLE) : AP portée à 301,4 M€
  • Aide au patrimoine de Hauts-de-Seine Habitat : 67,4 M€
  • Des équipements culturels (musée du grand siècle), ou sportifs (la grenouillère)

Sur la jeunesse, la stratégie est encore trop segmentée : La jeunesse ne se résume pas aux collèges. Quid du soutien à la santé mentale des adolescents ? Quid des jeunes majeurs sortant de l’ASE ? Il est nécessaire de mener des actions culturelles pour aller vers les jeunes, actions, qui existent déjà dans les collèges mais peu des les villes, Idem sur les politiques sportives, plutôt que des financer surtout le sport de haut niveau.

Le budget départemental doit intégrer pleinement l’urgence climatique.

Cela implique :

  • de renforcer la rénovation énergétique des bâtiments publics (notamment les collèges),
  • d’accélérer les mobilités durables et les infrastructures cyclables,
  • de soutenir les initiatives locales en faveur d’une alimentation durable et de circuits courts.

L’écologie ne doit pas être un volet annexe du budget : elle doit structurer les investissements.

Dans un contexte contraint, chaque euro dépense doit être évalué au regard de son utilité sociale et environnementale.

Les élus du conseil départemental devraient, face des besoins croissants, à la complexification des parcours, faire un choix plus affirmé :

  •  prioriser les solidarités et l’éducation
  • pour simplifier massivement l’accès aux droits
  • pour renforcer l’accompagnement humain
  •  intensifier la prévention

Et éviter les projets coûteux dont l’impact social est limité.

Nous appelons à un rééquilibrage en faveur des politiques sociales et à une simplification massive des parcours administratifs.

Pour ces raisons, nous voterons contre.

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